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Les animaux de la nuit

Quand la lumière baisse, certains animaux commencent leur journée : ils chassent, cherchent un partenaire ou rejoignent un point d’eau. Leurs yeux, leurs oreilles et parfois leurs signaux lumineux permettent d’exploiter des ressources difficiles à atteindre en plein jour. De la forêt française aux profondeurs marines, vous allez comprendre comment ces adaptations fonctionnent, et pourquoi aucune ne donne tous les pouvoirs.

Mis à jour le 9 min de lecture

Sommaire9 parties
  1. Des yeux qui récupèrent davantage de lumière
  2. Émettre un son, puis écouter son écho
  3. Les oreilles des chouettes repèrent les bruits discrets
  4. Produire de la lumière ou renvoyer celle qui arrive
  5. Échapper à la chaleur et profiter d’autres ressources
  6. Toucher, odorat et électricité complètent la vision
  7. Questions fréquentes
  8. Testez-vous
  9. Sources
Le seuil conventionnel au-delà duquel on parle d’ultrasons ; la limite auditive réelle d’une personne varie notamment avec l’âge.
20 000 HzLe seuil conventionnel au-delà duquel on parle d’ultrasons ; la limite auditive réelle d’une personne varie notamment avec l’âge.
La distance totale parcourue par un signal d’écholocation réfléchi par un objet situé à un mètre de l’animal.
2 mètresLa distance totale parcourue par un signal d’écholocation réfléchi par un objet situé à un mètre de l’animal.
Le marteau, l’enclume et l’étrier transmettent les vibrations dans chaque oreille moyenne des mammifères, dont les chauves-souris.
3 osseletsLe marteau, l’enclume et l’étrier transmettent les vibrations dans chaque oreille moyenne des mammifères, dont les chauves-souris.
Dans l’obscurité totale, même un œil muni d’un tapetum lucidum ne peut former une image visuelle de son environnement.
0 lumière reçueDans l’obscurité totale, même un œil muni d’un tapetum lucidum ne peut former une image visuelle de son environnement.

Des yeux qui récupèrent davantage de lumière

Chez l’ocelot, une couche réfléchissante située derrière la rétine, le tapetum lucidum, renvoie une partie de la lumière vers les cellules sensibles. Les photons disposent ainsi d’une seconde possibilité d’être captés. Cette couche explique les yeux qui brillent dans le faisceau d’une lampe : ils renvoient une lumière extérieure, sans en fabriquer. Les bâtonnets, cellules spécialisées dans la vision en faible lumière, contribuent aussi à repérer les mouvements. Dans une obscurité totale, ces mécanismes restent inutilisables.

Le tarsier montre qu’une vie nocturne ne suppose pas toujours un tapetum : il en est dépourvu. Ses yeux très volumineux captent davantage de lumière grâce à leur grande ouverture et à une rétine adaptée. Ils bougent peu dans leurs orbites, et l’animal oriente largement la tête pour explorer son environnement. La sensibilité nocturne s’accompagne généralement d’une perception des couleurs plus limitée que chez les espèces diurnes, mais cette différence dépend des cellules rétiniennes propres à chaque espèce.

Émettre un son, puis écouter son écho

Le grand rhinolophe émet ses ultrasons par les narines ; sa feuille nasale, un ensemble de replis autour du nez, contribue à orienter les émissions. En Europe, la partie dominante de ses signaux se situe souvent autour de 80 à 85 kHz, avec des variations géographiques et individuelles. Le retour sonore renseigne sur les obstacles et les insectes. À 20 °C, un écho provenant d’un objet distant d’un mètre revient en environ 6 millisecondes, car le son parcourt deux mètres aller-retour.

La chauve-souris blonde utilise l’écholocation pour se déplacer, mais écoute aussi les bruits de pas de ses proies au sol, notamment ceux de gros arthropodes. Le béluga emploie un sonar dans l’eau : des clics produits dans la tête sont dirigés par le melon, une masse de tissus graisseux du front. Le son se propage dans l’eau à environ 1 500 m/s, contre environ 343 m/s dans l’air à 20 °C. Ces valeurs changent avec les conditions du milieu.

Les oreilles des chouettes repèrent les bruits discrets

Chez la chouette rayée, le disque facial canalise les sons vers les ouvertures des oreilles, cachées sous les plumes. Leur disposition asymétrique contribue à distinguer la hauteur d’une source sonore, tandis que les différences d’arrivée du son entre les deux côtés renseignent sur sa direction. Un rongeur qui remue dans la végétation peut ainsi être localisé sans être entièrement visible. Cette précision dépend aussi du bruit ambiant : le trafic routier peut masquer les sons utiles à la chasse.

Les deux aigrettes du grand-duc sont des touffes de plumes, sans fonction d’oreille. Ses ouvertures auditives se trouvent sur les côtés de la tête, sous le plumage. Ses yeux sensibles, son audition et ses attaques à l’affût lui permettent de capturer des proies pendant la nuit. Les franges de certaines plumes réduisent le bruit du vol chez de nombreux rapaces nocturnes. Leur efficacité varie avec l’espèce et la vitesse : aucun plumage ne garantit un silence absolu dans toutes les conditions.

Produire de la lumière ou renvoyer celle qui arrive

La bioluminescence est une production de lumière par réaction chimique, réalisée par l’organisme ou par des bactéries associées. Chez les vers luisants européens, la femelle adulte émet un signal qui attire les mâles. En mer, des animaux lumineux attirent des proies, communiquent ou brouillent leur silhouette. Le calmar géant du catalogue n’est pas connu pour produire sa propre lumière. Ses yeux immenses pourraient notamment détecter les lueurs déclenchées dans le plancton par le déplacement d’un grand prédateur, comme un cachalot.

Le grand polatouche fournit un autre exemple, celui de la fluorescence : son pelage peut apparaître rose sous un éclairage ultraviolet. Il absorbe alors une lumière extérieure et en réémet une partie à une autre longueur d’onde. Cette propriété a été observée chez plusieurs polatouches nord-américains, mais sa fonction biologique reste discutée. Elle ne prouve donc pas que l’animal émet un signal visible dans la nuit naturelle. La fluorescence nécessite un éclairage adapté ; la bioluminescence repose sur une réaction chimique.

Échapper à la chaleur et profiter d’autres ressources

Le fennec passe généralement les heures chaudes dans un terrier et recherche sa nourriture surtout la nuit. Ses grandes oreilles servent à l’écoute et participent aux échanges de chaleur. Le rat-kangourou du désert sort lui aussi principalement après le coucher du soleil pour récolter des graines. Une activité nocturne réduit l’exposition au rayonnement solaire et peut limiter les pertes d’eau. Le bénéfice dépend toutefois du lieu et de la saison : certaines nuits désertiques restent chaudes, tandis que d’autres deviennent froides.

Chez le crapaud calamite, les sorties nocturnes sont favorisées par des conditions suffisamment douces et humides. Sa peau perméable rend les pertes d’eau particulièrement importantes ; rester caché pendant une journée sèche réduit ce risque. La nuit donne aussi accès à des invertébrés actifs à ces heures. Les horaires ne sont pourtant pas immuables : température, pluie, nourriture et présence humaine les modifient. Un animal principalement nocturne peut donc être observé de jour sans que cette seule observation indique une maladie.

Toucher, odorat et électricité complètent la vision

L’aye-aye recherche certaines larves en tapotant le bois, puis en écoutant les différences de résonance qui peuvent révéler une cavité. Il ouvre ensuite le support avec ses incisives et explore l’intérieur grâce à son long doigt médian. Cette recherche associe donc l’ouïe et le toucher. Le kiwi utilise beaucoup l’odorat pour trouver des invertébrés dans le sol. Ses narines sont situées près de l’extrémité du bec, une disposition inhabituelle chez les oiseaux ; le toucher intervient également dans l’exploration du terrain.

L’ornithorynque, souvent actif au crépuscule et la nuit, ferme les yeux, les oreilles et les narines lorsqu’il plonge. Son bec contient des récepteurs sensibles aux faibles champs électriques produits par l’activité musculaire des proies, ainsi que des récepteurs tactiles. Pour observer des animaux nocturnes sans gêner ces recherches, restez sur les chemins et évitez d’éclairer directement les animaux. Même une lumière rouge peut les perturber. Ne diffusez pas de cris enregistrés pour attirer des chouettes et ne touchez pas aux gîtes de chauves-souris.

Questions fréquentes

Tous les animaux nocturnes voient-ils dans le noir ?

La vision exige de la lumière : aucun œil ne voit son environnement dans une obscurité totale. De nombreux animaux nocturnes exploitent un éclairage très faible grâce à leurs pupilles et à leur rétine. D’autres s’appuient davantage sur l’ouïe, l’odorat ou le toucher. Le tarsier possède de grands yeux sans tapetum lucidum, tandis que l’ornithorynque ferme les siens lorsqu’il chasse sous l’eau.

Les chauves-souris sont-elles aveugles ?

Les chauves-souris ont des yeux fonctionnels et utilisent leur vision, notamment pour s’orienter dans le paysage. L’écholocation complète cette information chez de nombreuses espèces. Toutes ne disposent pas du même système : beaucoup de grandes roussettes reposent surtout sur la vision et l’odorat. La chauve-souris blonde combine même son sonar avec l’écoute des bruits produits par les arthropodes qu’elle capture au sol.

Comment observer la faune nocturne près de chez vous ?

Choisissez un chemin connu, restez à distance et commencez par écouter sans éclairage dirigé vers la végétation. Une sortie encadrée par une association naturaliste permet d’utiliser un détecteur d’ultrasons sans manipuler les chauves-souris. Évitez les flashs et les cris enregistrés. Chez vous, éteignez les éclairages extérieurs inutiles et limitez leur durée ; une haie sombre peut servir de passage entre deux zones de chasse.

Que faire si vous trouvez une chauve-souris au sol ?

Éloignez les enfants et les animaux domestiques, puis contactez sans attendre un centre de soins pour la faune sauvage ou une association spécialisée, avant toute manipulation. Une chauve-souris au sol peut être blessée ou épuisée. Ne la prenez pas à mains nues et ne lui donnez ni nourriture ni médicament. En cas de morsure, de griffure ou de contact salivaire suspect avec une personne, appelez immédiatement le 15 ou le 112.

Testez-vous

5 questions. Choisissez une réponse pour lire l’explication.

  1. 1.Que fait le tapetum lucidum dans l’œil de l’ocelot ?
  2. 2.Un obstacle se trouve à un mètre d’une chauve-souris. Quelle distance le son parcourt-il avant que son écho revienne ?
  3. 3.À quoi correspondent les deux aigrettes du grand-duc ?
  4. 4.Quel phénomène explique le pelage rose d’un grand polatouche éclairé aux ultraviolets ?
  5. 5.Quel sens aide l’ornithorynque à détecter ses proies lorsqu’il ferme les yeux sous l’eau ?

Sources

  1. Cornell Lab of Ornithology, All About Birds, Barred Owl allaboutbirds.org
  2. University of Bristol, recherches en sciences biologiques sur les chauves-souris et l’acoustique bristol.ac.uk
  3. San Diego Zoo Wildlife Alliance, Animals & Plants, Fennec Fox animals.sandiegozoo.org
  4. LPO, ressources sur la faune sauvage, les soins et les effets de la pollution lumineuse lpo.fr

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