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Camouflage et mimétisme : comment les animaux trompent le regard

Un pelage couleur sable, des rayures qui brouillent une silhouette ou une peau qui change en quelques instants : les animaux disposent de plusieurs moyens pour échapper au regard. Le camouflage réduit leur visibilité ; certains mimétismes les font ressembler à une autre espèce. Leur efficacité dépend du décor, de la lumière et surtout des yeux de l’observateur.

Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire9 parties
  1. Des couleurs cryptiques pour se fondre dans le décor
  2. Rayures et taches : quand les contours deviennent difficiles à lire
  3. Un dos sombre et un ventre clair : le contre-ombrage
  4. Le mimétisme batésien : profiter du signal d’une espèce défendue
  5. Le mimétisme müllérien : partager un avertissement
  6. Changer de couleur : trois mécanismes, trois rythmes
  7. Questions fréquentes
  8. Testez-vous
  9. Sources
Le rythme saisonnier habituel de renouvellement du pelage de l’hermine ; le blanchiment hivernal varie selon les populations.
2 mues par anLe rythme saisonnier habituel de renouvellement du pelage de l’hermine ; le blanchiment hivernal varie selon les populations.
Les grandes catégories de motifs utilisées pour décrire le camouflage des céphalopodes : uniforme, moucheté et disruptif.
3 catégoriesLes grandes catégories de motifs utilisées pour décrire le camouflage des céphalopodes : uniforme, moucheté et disruptif.
L’année de publication de l’étude décrivant le réglage des couleurs par des nanocristaux chez le caméléon panthère.
2015L’année de publication de l’étude décrivant le réglage des couleurs par des nanocristaux chez le caméléon panthère.
L’année de publication d’une étude expérimentale montrant que le vice-roi est lui aussi désagréable pour des oiseaux, révisant son statut d’imitateur inoffensif.
1991L’année de publication d’une étude expérimentale montrant que le vice-roi est lui aussi désagréable pour des oiseaux, révisant son statut d’imitateur inoffensif.

Des couleurs cryptiques pour se fondre dans le décor

Une coloration cryptique rend un animal difficile à distinguer dans son environnement habituel. L’homochromie désigne plus précisément la ressemblance de couleur avec ce fond. Le chat des sables possède ainsi un pelage pâle qui se rapproche des sols désertiques, avec des marques dont l’intensité varie entre individus. Son corps mesure généralement autour de 40 à 57 cm, sans la queue. Cette discrétion profite à un prédateur qui approche de petits rongeurs, mais elle dépend aussi de sa position et de ses mouvements.

Chez le petit-duc, un oiseau d’environ 19 à 21 cm, les stries du plumage évoquent les irrégularités d’une écorce. Lorsqu’il reste immobile contre un tronc, ses contours deviennent difficiles à reconnaître. Le dragon de mer feuillu pousse la ressemblance jusqu’à la forme : ses appendices rappellent des fragments d’algues. Ces expansions ne constituent pas ses principaux organes de propulsion, assurée par des nageoires discrètes. Sa silhouette et son balancement dans l’eau participent ensemble au camouflage parmi les végétaux marins.

Rayures et taches : quand les contours deviennent difficiles à lire

Un motif disruptif produit de fausses limites visuelles qui compliquent la reconnaissance d’une silhouette. Les rayures du tigre peuvent se mêler aux alternances d’ombre et de lumière de la végétation. Son orange nous paraît voyant, mais plusieurs de ses proies, notamment des cervidés, ont une vision des couleurs différente de la nôtre et distinguent moins bien certaines différences entre rouge et vert. Le bongo porte généralement 10 à 15 rayures verticales claires sur un pelage brun-roux, dans un habitat forestier où la lumière est fragmentée.

Toutes les rayures n’ont cependant pas la même fonction. Chez le zèbre des plaines, l’idée d’un camouflage destiné aux grands prédateurs ne suffit pas à expliquer les résultats scientifiques. Des expériences montrent notamment que les surfaces rayées réduisent les atterrissages de taons, ces mouches piqueuses. Les chercheurs étudient encore les mécanismes visuels responsables de cet effet. Avant d’attribuer un motif à la dissimulation, il faut donc tester son influence sur les prédateurs, les parasites et les interactions entre congénères.

Un dos sombre et un ventre clair : le contre-ombrage

Sous une lumière venant du dessus, le dos d’un animal reçoit davantage de lumière que son ventre. Une coloration plus sombre sur le dessus et plus claire dessous peut atténuer ce contraste et rendre son volume moins évident : c’est le contre-ombrage. Le grand requin blanc présente cette répartition. Dans l’eau, elle peut aussi réduire sa visibilité selon l’angle d’observation : le dos sombre se détache moins sur les profondeurs, tandis que le ventre clair se rapproche de la surface lumineuse.

Le manchot empereur possède lui aussi un dos sombre et une face ventrale claire. Pour un observateur situé au-dessus ou au-dessous d’un oiseau qui nage, les deux faces rencontrent des fonds visuels différents. La protection reste relative : une silhouette en mouvement peut être détectée, et l’effet dépend de la profondeur, de la transparence de l’eau et de l’éclairage. Ce principe explique pourquoi une photographie prise sur terre ne permet pas, à elle seule, de juger l’efficacité d’une coloration dans le milieu aquatique.

Le mimétisme batésien : profiter du signal d’une espèce défendue

Le mimétisme batésien porte le nom du naturaliste Henry Walter Bates. Une espèce peu ou pas défendue ressemble à une espèce que les prédateurs évitent, par exemple parce qu’elle est toxique ou désagréable à manger. Chez le papillon mormon, Papilio polytes, certaines femelles imitent des papillons du genre Pachliopta, dont les chenilles consomment des aristoloches et acquièrent une protection chimique. Toutes les femelles n’ont pas cette apparence, et les mâles ne présentent pas les mêmes formes mimétiques. La ressemblance varie donc au sein d’une seule espèce.

Certaines espèces ou populations du genre Lampropeltis, auquel appartiennent les couleuvres royales, présentent des anneaux rappelant ceux de serpents-corail venimeux. Il faut préciser les espèces et les régions pour évaluer ce mimétisme : toutes les couleuvres royales ne portent pas ces couleurs. Les comptines fondées sur l’ordre des anneaux ne permettent pas une identification fiable à l’échelle mondiale. Si vous rencontrez un serpent inconnu, gardez vos distances et ne le manipulez pas ; une ressemblance visuelle ne renseigne pas sûrement sur son danger.

Le mimétisme müllérien : partager un avertissement

Dans le mimétisme müllérien, nommé d’après Fritz Müller, plusieurs espèces possédant une défense partagent un signal ressemblant. Un prédateur qui apprend à éviter l’une peut ensuite éviter l’autre. Le monarque et le vice-roi, un papillon nord-américain absent de nos fiches, constituent un exemple instructif. Longtemps présenté comme un imitateur inoffensif du monarque, le vice-roi s’est révélé lui aussi désagréable pour des oiseaux dans une étude publiée en 1991. Leur niveau de protection varie toutefois avec l’alimentation, les populations et les prédateurs considérés.

La grenouille fraise permet de comprendre le préalable à ce mécanisme : une coloration d’avertissement, appelée aposématisme, peut signaler des défenses chimiques. Ses couleurs varient fortement entre populations, et ses alcaloïdes défensifs proviennent de petites proies consommées dans la nature. Porter des couleurs vives ne suffit pourtant pas à démontrer un mimétisme müllérien. Il faut établir une ressemblance entre espèces défendues et son effet sur les prédateurs. Le monarque et la grenouille fraise illustrent ici les signaux d’avertissement, sans former un couple mimétique.

Changer de couleur : trois mécanismes, trois rythmes

Chez certains caméléons, des cellules contenant des nanocristaux réfléchissants modifient les couleurs renvoyées par la peau. Une étude publiée en 2015 a décrit ce mécanisme chez le caméléon panthère. Ces changements peuvent intervenir lors d’interactions sociales et ne reproduisent pas librement n’importe quel décor. L’anolis vert passe surtout du vert au brun, selon plusieurs facteurs, dont son état physiologique et les conditions du milieu. Les deux reptiles peuvent donc changer d’aspect sans disposer de la même palette ni des mêmes mécanismes.

Le poulpe, qui ne possède pas encore de fiche dans ce catalogue, contrôle des organes pigmentaires appelés chromatophores grâce à des muscles et à son système nerveux. Certains changements se produisent en une fraction de seconde. D’autres structures cutanées réfléchissent la lumière, et des papilles peuvent modifier le relief de la peau. Les chercheurs décrivent trois grandes catégories de motifs de camouflage chez les céphalopodes : uniforme, moucheté et disruptif. Un poulpe peut ainsi ajuster plusieurs caractéristiques visuelles, sans copier chaque détail du fond.

L’hermine change de tenue par un processus beaucoup plus lent : la mue remplace les poils, généralement deux fois par an. Dans les populations où le pelage blanchit en hiver, le bout de la queue reste noir. La durée du jour joue un rôle majeur dans le déclenchement de cette transformation, tandis que la température peut en modifier le déroulement. Le blanchiment varie selon les régions et les individus. Si la neige arrive tard ou fond tôt, une hermine blanche peut devenir plus visible sur un sol sombre.

Questions fréquentes

Pourquoi un animal bien camouflé reste-t-il parfois facile à voir ?

Le camouflage fonctionne par rapport à un fond et à un observateur précis. Un pelage adapté au sable ressort sur une roche sombre ; un mouvement peut révéler un animal dont les couleurs se confondent avec le décor. La distance, les ombres et la vision du prédateur comptent également. Pour observer un animal discret, cherchez les contours et les mouvements sans vous approcher de son refuge.

Le caméléon prend-il la couleur de tout ce qui l’entoure ?

Sa palette dépend de l’espèce, de l’individu et des cellules de sa peau. Il ne peut pas reproduire librement toutes les couleurs d’un objet. Les variations servent notamment à communiquer avec ses congénères et peuvent accompagner des changements d’état physiologique. Chez le caméléon panthère, des nanocristaux cutanés contribuent aux changements de couleur en modifiant les longueurs d’onde réfléchies.

Une couleur vive indique-t-elle toujours un animal venimeux ?

Une coloration vive peut signaler une défense, servir à attirer un partenaire ou avoir d’autres fonctions. Certains imitateurs profitent aussi de l’apparence d’espèces défendues. La couleur ne permet donc pas de déterminer le danger. En cas de morsure de serpent, appelez immédiatement le 15 ou le 112, limitez les mouvements et ne tentez ni d’aspirer la plaie ni de capturer l’animal.

Comment distinguer camouflage et mimétisme ?

Le camouflage réduit la détection ou la reconnaissance d’un animal dans son environnement. Le mimétisme repose sur une ressemblance qui trompe un observateur, par exemple lorsqu’un papillon ressemble à une espèce toxique. Les termes peuvent se recouper dans certains usages scientifiques. Pour les comprendre, demandez-vous ce que l’observateur perçoit : un morceau du décor, une proie difficile à distinguer ou un animal qu’il a appris à éviter.

Testez-vous

5 questions. Choisissez une réponse pour lire l’explication.

  1. 1.Quel exemple correspond le plus directement à l’homochromie ?
  2. 2.Quel rôle des rayures du zèbre est soutenu par des expériences ?
  3. 3.Quelle association décrit le contre-ombrage le plus courant ?
  4. 4.Qu’est-ce qui caractérise le mimétisme müllérien ?
  5. 5.Pourquoi l’hermine ne blanchit-elle pas aussi vite qu’un poulpe change de motif ?

Sources

  1. Université de Californie à Berkeley, Understanding Evolution : camouflage et mimétisme evolution.berkeley.edu
  2. Université de Genève, Faculté des sciences : travaux sur les nanocristaux et les changements de couleur des caméléons unige.ch
  3. Université de Bristol, recherches sur les rayures des zèbres et les atterrissages de taons bristol.ac.uk
  4. Marine Biological Laboratory, laboratoire affilié à l’Université de Chicago : recherches sur le camouflage des céphalopodes mbl.edu

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