Aller au contenu

Les espèces exotiques envahissantes : frelon asiatique, ragondin, écrevisse américaine et tortue de Floride

Introduites volontairement ou transportées par accident, certaines espèces venues d’ailleurs se répandent dans les milieux français et perturbent les espèces locales. Le frelon asiatique, le ragondin, l’écrevisse américaine et la tortue de Floride montrent quatre mécanismes différents, avec un point commun : la prévention et le signalement évitent souvent des dommages plus difficiles à limiter.

Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire10 parties
  1. Quand une espèce devient-elle envahissante ?
  2. Le frelon asiatique, un prédateur arrivé par le commerce
  3. Le ragondin, un grand rongeur des berges
  4. L’écrevisse américaine, une porteuse de maladie
  5. La tortue de Floride, un animal de compagnie à ne pas relâcher
  6. Les gestes qui limitent les introductions
  7. Préserver les espèces et les habitats locaux
  8. Questions fréquentes
  9. Testez-vous
  10. Sources
année de première détection en France métropolitaine du frelon asiatique, dans le Lot-et-Garonne
2004année de première détection en France métropolitaine du frelon asiatique, dans le Lot-et-Garonne
ordre de grandeur parfois donné pour la progression naturelle du frelon asiatique, avec de fortes variations selon les années et les sources
80 km/anordre de grandeur parfois donné pour la progression naturelle du frelon asiatique, avec de fortes variations selon les années et les sources
durée approximative de gestation du ragondin, qui varie selon les conditions et les données observées
130 joursdurée approximative de gestation du ragondin, qui varie selon les conditions et les données observées
durée de vie possible d’une tortue de Floride en captivité, avec une variation selon l’espèce et les conditions de détention
30 ansdurée de vie possible d’une tortue de Floride en captivité, avec une variation selon l’espèce et les conditions de détention

Quand une espèce devient-elle envahissante ?

Une espèce exotique est arrivée dans une région où elle ne vivait pas naturellement, par exemple à la faveur d’un transport, d’un commerce ou d’un lâcher. Elle devient envahissante lorsqu’elle forme des populations autonomes, se disperse et produit des effets nuisibles. L’introduction peut être ancienne, récente, volontaire ou accidentelle. Un animal exotique isolé dans un aquarium ne constitue donc pas, à lui seul, une population envahissante.

Les conséquences dépendent du milieu et de l’espèce concernée. Une population peut concurrencer un animal local pour la nourriture, transmettre un parasite, creuser des berges, modifier la végétation ou consommer des œufs et des jeunes. La cistude d’Europe, tortue d’eau douce indigène de plusieurs régions françaises, rencontre ainsi une concurrence possible lorsque des tortues aquatiques relâchées occupent les mêmes mares et canaux. Chaque situation doit être évaluée localement.

Le frelon asiatique, un prédateur arrivé par le commerce

Le frelon asiatique, Vespa velutina, a été détecté en France métropolitaine en 2004, après l’arrivée accidentelle de reines probablement transportées dans des marchandises. Il capture des insectes, notamment des abeilles, pour nourrir ses larves. Un nid peut se trouver dans un arbre, sous un toit ou dans un bâtiment, et sa taille varie selon la saison et les conditions locales.

La colonie commence au printemps avec une reine fondatrice. Les ouvrières construisent ensuite le nid et nourrissent les larves. En fin de saison, les futures reines quittent la colonie avant l’hiver, tandis que le nid ancien n’est généralement pas réutilisé l’année suivante. La progression naturelle peut atteindre plusieurs dizaines de kilomètres par an, avec une vitesse variable selon les vents, les transports et les régions.

N’approchez pas d’un nid et ne tentez pas de le détruire vous-même. Éloignez les enfants et les animaux, puis signalez-le à la mairie ou au dispositif local prévu par la commune ou le département. En cas de piqûres multiples, de piqûre dans la bouche ou de gêne respiratoire, appelez immédiatement le 15 ou le 112.

Le ragondin, un grand rongeur des berges

Le ragondin vit dans les zones humides, les fossés, les étangs et les cours d’eau lents. Originaire d’Amérique du Sud, il a été introduit en Europe pour sa fourrure, puis des animaux échappés ou relâchés ont formé des populations sauvages. Il creuse des terriers dans les berges, parfois longs de plusieurs mètres, ce qui peut fragiliser les chemins, les digues et les canaux.

Une femelle peut avoir plusieurs portées par an, avec une gestation d’environ 130 jours. Les jeunes naissent déjà couverts de poils et capables de se déplacer rapidement. L’espèce consomme des plantes aquatiques, des cultures et des végétaux de berge. Ses déjections peuvent aussi dégrader la qualité de l’eau dans les lieux très fréquentés, même si le risque sanitaire dépend du contexte et des contacts.

Ne nourrissez pas les ragondins et ne les poursuivez pas au bord de l’eau. Un animal mort, une berge qui s’effondre ou une colonie installée près d’une habitation doit être signalé à la mairie ou au service chargé de la gestion du site. La capture et la régulation relèvent de personnes autorisées, selon les règles locales et nationales.

L’écrevisse américaine, une porteuse de maladie

L’écrevisse américaine, souvent appelée écrevisse de Louisiane pour une autre espèce proche du même groupe, a été introduite dans des milieux français par des transferts, des élevages ou des lâchers. Selon l’espèce considérée, elle peut supporter des eaux chaudes, pauvres en oxygène ou chargées en matières organiques. Ses galeries et son activité de fouille remuent les fonds et peuvent troubler l’eau.

Certaines écrevisses introduites portent l’agent responsable de l’aphanomycose, une maladie qui décime les écrevisses européennes. La maladie se transmet notamment par l’eau, le matériel humide, les bottes, les balances et les filets. Une écrevisse locale peut donc disparaître d’un ruisseau après l’arrivée d’un animal porteur, même si la population introduite semble peu nombreuse.

Ne transportez jamais une écrevisse vivante d’un étang à un autre et ne relâchez pas les prises. Après une pêche ou une observation, nettoyez puis séchez le matériel avant de changer de bassin. Les règles de capture, de transport et de remise à l’eau varient selon les espèces et les départements : renseignez-vous auprès de la préfecture, de la fédération de pêche ou de l’OFB.

La tortue de Floride, un animal de compagnie à ne pas relâcher

La tortue de Floride désigne surtout des tortues aquatiques américaines du genre Trachemys, vendues autrefois comme jeunes animaux faciles à installer. Elles grandissent, vivent souvent plusieurs dizaines d’années et deviennent difficiles à maintenir dans un petit aquarium. Relâchées dans une mare, elles peuvent occuper les postes de chauffe, les abris et les ressources utilisés par la cistude d’Europe.

Les tortues aquatiques captives peuvent aussi transporter des agents infectieux, notamment des salmonelles, sans paraître malades. Une tortue trouvée dans un parc ou un canal ne doit pas être ramenée chez soi ni déplacée vers une autre mare. La tortue serpentine, également vendue ou détenue dans certains contextes, est une espèce différente, grande et puissante, dont la manipulation présente un risque de morsure.

Si vous ne pouvez plus garder une tortue, contactez un refuge spécialisé, un centre de récupération ou la direction départementale chargée de la protection des populations avant tout transfert. Lavez-vous les mains après avoir touché une tortue ou son eau, particulièrement avant un repas et après un contact avec un enfant de moins de cinq ans.

Les gestes qui limitent les introductions

Le premier geste consiste à ne jamais relâcher un animal, une plante ou de l’eau d’aquarium dans la nature. Cette règle concerne les tortues, les poissons, les écrevisses, les amphibiens et les invertébrés. Un animal devenu encombrant doit être confié à une structure qui connaît son statut et ses conditions de détention. L’identification de l’espèce aide ensuite à appliquer les règles adaptées, notamment lorsqu’elle est protégée ou soumise à la réglementation CITES.

Le nettoyage et le séchage du matériel de pêche, de randonnée ou de jardinage réduisent le transport d’agents infectieux, de larves et de fragments de plantes. Pour un animal exotique observé dans la nature, notez le lieu, la date, l’aspect de l’animal et, si possible, prenez une photographie à distance. Ne capturez pas l’animal pour le faire identifier.

Le signalement se fait auprès de la mairie, de l’OFB, d’un service départemental ou d’une plateforme régionale selon l’espèce et le territoire. Un animal sauvage blessé doit être orienté vers un centre de soins pour la faune sauvage ou vers l’OFB. Pour un animal de compagnie malade ou blessé après un contact avec une espèce sauvage, appelez un vétérinaire rapidement, ou le service de garde vétérinaire la nuit.

Préserver les espèces et les habitats locaux

La lutte contre une espèce envahissante ne consiste pas à supprimer indistinctement tous les animaux d’un groupe. Les agents recherchent d’abord l’identification, la zone occupée, le stade de l’invasion et les espèces menacées. Une intervention peut viser un nid, un foyer limité ou une voie de transport. Elle doit respecter les animaux protégés, les périodes autorisées et les règles de sécurité pour le public.

Les habitats en bon état résistent parfois mieux aux invasions : une mare diversifiée, une berge végétalisée et un cours d’eau connecté offrent davantage d’abris aux espèces locales. La cistude d’Europe a besoin de secteurs calmes pour se chauffer, de végétation et de sites terrestres pour pondre. Le vison d’Europe, très rare en France, dépend de zones humides préservées et ne doit pas être confondu avec un animal introduit.

Les habitants peuvent aider en participant à des observations encadrées, en évitant les lâchers et en transmettant des données vérifiables. Une photographie prise de loin vaut mieux qu’une capture risquée. Lorsqu’une espèce est protégée, comme le vison d’Europe ou certaines tortues indigènes, il est interdit de la capturer, de la transporter ou de la détenir sans cadre légal.

Questions fréquentes

Le frelon asiatique est-il dangereux à chaque observation ?

Une observation à distance ne constitue généralement pas une situation d’urgence. Le risque augmente près du nid, surtout si une personne le touche, le secoue ou utilise un outil. Gardez plusieurs mètres de distance, éloignez les enfants et les animaux, puis contactez la mairie ou le dispositif local de signalement. En cas de difficulté respiratoire ou de piqûres multiples, appelez le 15 ou le 112.

Peut-on garder une tortue de Floride trouvée dans une mare ?

Évitez de la capturer ou de la transporter chez vous. Elle peut mordre, transmettre des bactéries et appartenir à une espèce dont la détention est réglementée. Notez le lieu, prenez une photographie à distance et contactez la mairie, l’OFB ou une structure spécialisée. Ne la déplacez jamais vers une autre mare.

Pourquoi le ragondin creuse-t-il dans les berges ?

Il aménage des terriers dans les talus proches de l’eau afin de se mettre à l’abri et d’élever ses petits. Ces cavités peuvent fragiliser une digue, un chemin ou une berge lorsque les animaux sont nombreux. N’obstruez pas vous-même les trous : signalez-les au gestionnaire du site ou à la mairie, qui fera intervenir des personnes autorisées.

Que faire avec une écrevisse vivante pêchée dans un étang ?

Ne la relâchez pas dans un autre plan d’eau et ne la transportez pas sans vérifier les règles locales. Certaines écrevisses introduites transmettent une maladie aux espèces européennes. Gardez le matériel séparé, nettoyez-le puis faites-le sécher. Pour connaître la conduite autorisée, contactez la fédération départementale de pêche ou l’OFB.

Testez-vous

5 questions. Choisissez une réponse pour lire l’explication.

  1. 1.Quel événement a favorisé l’arrivée du frelon asiatique en France ?
  2. 2.Quel dommage le ragondin peut-il provoquer ?
  3. 3.Pourquoi faut-il nettoyer le matériel après avoir fréquenté plusieurs étangs ?
  4. 4.Quel geste est adapté si vous trouvez une tortue de Floride dans la nature ?
  5. 5.Quelle espèce française peut subir la concurrence de tortues aquatiques introduites ?

Sources

  1. Office français de la biodiversité, Les espèces exotiques envahissantes ofb.gouv.fr
  2. MNHN et INPN, Inventaire national du patrimoine naturel et espèces exotiques envahissantes inpn.mnhn.fr
  3. Ministère de l’Agriculture, Frelon asiatique et santé des abeilles agriculture.gouv.fr
  4. UICN France, Espèces exotiques envahissantes uicn.fr

Mis à jour le .

Les espèces de cette page

À lire aussi