

Écrevisse à pattes blanches
Austropotamobius pallipes
Aussi appelé Écrevisse à pieds blancs
L’écrevisse à pattes blanches est un crustacé des eaux douces européennes, reconnaissable notamment au dessous clair de ses pinces. En France, elle subsiste surtout dans des cours d’eau où pierres et racines lui servent d’abris. Discrète le jour, elle sort principalement la nuit et souffre de la dégradation des ruisseaux ainsi que d’une maladie transportée par certaines écrevisses introduites.
- Statut
- En dangerpopulation en baisse
- Taille
- Environ 8 à 12 cm de longueur totale à l’âge adulte, sans compter les pinces ; certains individus dépassent cette taille.
- Poids
- Généralement quelques dizaines de grammes, souvent autour de 20 à 50 g ; le poids varie avec la taille, le sexe et les populations.
- Longévité
- Souvent 8 à 12 ans dans la nature, avec des variations selon les conditions du milieu.
- Régime
- OmnivoreElle mange des invertébrés aquatiques, des végétaux, des feuilles en décomposition et des restes d’animaux.
- Mode de vie
- Nocturne, plutôt solitaire, avec des abris individuels
- Famille
- Astacidés (Astacidae), ordre des Décapodes (Decapoda)
Fiche vérifiée le · 6 min de lecture
Où vit l’écrevisse à pattes blanches ?
Ruisseaux et petites rivières bien oxygénés, parfois lacs ou plans d’eau, avec des pierres, des racines et des berges offrant des abris.
Principales régions : France, Royaume-Uni, Irlande, Suisse.
- Europe
Sommaire11 parties
Comment reconnaître l’écrevisse à pattes blanches ?
Son corps porte une carapace rigide, deux grosses pinces et un abdomen articulé terminé par un éventail caudal. L’adulte mesure généralement entre 8 et 12 cm, sans les pinces. Le dessus est souvent brun, olive ou grisâtre, tandis que la face inférieure des pinces est blanchâtre. La couleur varie selon le milieu et ne suffit donc pas à l’identifier.
Le rostre, cette petite pointe de carapace située entre les yeux, et plusieurs détails des pinces permettent aux spécialistes de la distinguer des autres écrevisses. Elle ressemble notamment à l’écrevisse des torrents. Si vous en apercevez une, photographiez-la depuis la berge sans la capturer : une identification fiable demande souvent plusieurs vues, et la manipulation risque de la blesser.
Où vit l’écrevisse à pattes blanches ?
Elle fréquente surtout les ruisseaux et les petites rivières aux eaux bien oxygénées, avec des pierres, des racines et des berges creusées de refuges. Certaines populations occupent aussi des lacs ou des plans d’eau. La qualité de l’eau compte autant que la présence d’abris : les sédiments fins peuvent combler les interstices où elle se protège.
En France, ses populations sont aujourd’hui fragmentées, notamment dans le Massif central, le Jura, les Alpes, les Pyrénées et certains bassins de l’ouest. Pour l’observer, les soirées douces de la fin du printemps au début de l’automne sont généralement les plus favorables. Restez sur la berge, éclairez brièvement et ne retournez pas les pierres.
La répartition européenne demande une précaution : des populations longtemps regroupées sous le nom Austropotamobius pallipes sont désormais rattachées, selon les travaux, à des espèces proches comme Austropotamobius italicus. Les cartes anciennes peuvent donc couvrir une aire plus large que celle de l’espèce au sens strict. Les introductions historiques compliquent aussi la distinction entre présence actuelle et aire naturelle.
Que mange-t-elle dans le ruisseau ?
Elle saisit sa nourriture avec ses pinces, puis la porte vers les pièces de sa bouche. Son menu comprend des larves d’insectes, de petits mollusques, des vers et des végétaux. Elle consomme aussi des feuilles en décomposition et des animaux morts. La part de chaque aliment varie avec l’âge, la saison et les ressources du cours d’eau.
En fragmentant les feuilles et en consommant des restes organiques, elle participe au recyclage de la matière dans le ruisseau. Elle peut également capturer de petites proies vivantes. Inutile de la nourrir pour l’observer : des aliments ajoutés dans l’eau peuvent la polluer et modifier le comportement des animaux qui y vivent.
Une vie nocturne entre les pierres
Pendant la journée, elle reste généralement sous une pierre, entre des racines ou dans une cavité de berge. À la tombée de la nuit, elle explore le fond grâce à ses antennes et recherche sa nourriture. Plusieurs individus peuvent vivre dans un même secteur, mais les abris sont disputés et les rencontres peuvent provoquer des affrontements.
Pour grandir, elle doit muer : elle quitte son ancienne enveloppe et en forme une nouvelle. Juste après cette mue, son corps est mou et elle se cache davantage, car elle devient vulnérable aux prédateurs et aux autres écrevisses. Les jeunes muent plus souvent que les adultes, dont la croissance est plus lente.
En cas de danger, elle peut replier brusquement son abdomen et partir en arrière dans l’eau. Ses prédateurs comprennent notamment des poissons, des oiseaux et des mammifères, dont la loutre. Les pinces servent à saisir les aliments, à défendre un refuge et à tenir un adversaire lors des interactions.
Des œufs portés pendant tout l’hiver
L’accouplement a généralement lieu en automne, lorsque l’eau refroidit. La femelle fixe ensuite ses œufs sous son abdomen, sur de petits appendices appelés pléopodes. Une ponte compte souvent quelques dizaines d’œufs, parfois plus d’une centaine chez les grandes femelles. La fécondité varie avec leur taille et les conditions du milieu.
Les œufs restent attachés pendant plusieurs mois, généralement jusqu’au printemps ou au début de l’été. La température de l’eau influence la durée de développement. Après l’éclosion, les jeunes restent encore quelque temps auprès de leur mère avant de devenir indépendants. La maturité sexuelle est souvent atteinte vers 3 à 4 ans, avec des variations entre populations.
Le saviez-vous ?
- 1.Malgré son nom, elle n’est pas entièrement blanche : le repère le plus visible est surtout la face inférieure claire de ses pinces.
- 2.Lors d’une mue, une pince perdue peut commencer à repousser. Elle est d’abord plus petite et se développe au fil des mues suivantes.
- 3.La femelle transporte ses œufs sous son abdomen pendant l’hiver et les ventile grâce aux mouvements de ses petits appendices.
- 4.Ses déplacements ordinaires se font sur le fond, mais un repli rapide de l’abdomen lui permet de fuir à reculons.
Ce qui menace l’écrevisse à pattes blanches
Peste des écrevisses
L’agent Aphanomyces astaci provoque une maladie souvent mortelle pour cette espèce. Certaines écrevisses nord-américaines introduites peuvent le transporter sans montrer de signes évidents de maladie.
Écrevisses introduites
L’écrevisse signal et d’autres espèces introduites concurrencent les populations locales pour les abris et les ressources. Leur expansion peut aussi favoriser la transmission de la peste des écrevisses.
Dégradation des ruisseaux
Les pollutions, le colmatage du fond par des sédiments et les travaux qui suppriment les refuges réduisent les habitats disponibles. Une eau d’apparence limpide peut néanmoins contenir des substances nocives.
Sécheresses et réchauffement
Les assecs et les fortes températures peuvent rendre certains tronçons inhabitables. La fragmentation des populations limite ensuite la recolonisation des secteurs où l’espèce a disparu.
Protéger l’écrevisse à pattes blanches
- Statuts de menaceL’UICN classe l’espèce en danger à l’échelle mondiale. La Liste rouge des crustacés d’eau douce de France métropolitaine, publiée en 2012, la classe vulnérable.
- Protection des habitatsEn France, l’arrêté du 21 juillet 1983 protège ses milieux particuliers et interdit de les altérer ou de les dégrader. Cette protection des habitats ne doit pas être confondue avec une interdiction nationale générale de toute capture.
- Cadre européenL’espèce figure aux annexes II et V de la directive Habitats : ses habitats peuvent justifier la désignation de sites Natura 2000, et son prélèvement doit être compatible avec sa conservation. La pêche est soumise à la réglementation locale et souvent interdite.
- Prévention sanitaireLa surveillance des populations et le nettoyage du matériel limitent les risques de diffusion de la peste des écrevisses. Toute opération de déplacement ou de réintroduction demande un encadrement spécialisé et des précautions sanitaires.
Questions fréquentes
Peut-on la reconnaître uniquement à ses pattes blanches ?
La face inférieure claire des pinces est un indice, mais plusieurs espèces peuvent avoir des teintes proches. Le rostre et d’autres détails de la carapace sont utiles pour confirmer l’identification. Prenez des photographies sans capturer l’animal et demandez conseil à une association naturaliste ou à l’OFB.
Peut-on la pêcher ou la garder dans un aquarium ?
La réglementation de la pêche dépend du département et du cours d’eau ; sa capture est souvent interdite. Consultez l’arrêté préfectoral en vigueur avant toute activité. Ne prélevez pas un individu pour un aquarium : les populations sont fragiles, et déplacer des écrevisses ou leur eau peut propager des maladies.
Quand a-t-on le plus de chances de l’observer en France ?
Les soirées douces, de la fin du printemps au début de l’automne, sont généralement favorables, car elle sort surtout la nuit. Cherchez depuis la berge dans un secteur où sa présence est connue et où l’accès est autorisé. Évitez de piétiner le fond ou de déplacer ses abris.
Sa présence prouve-t-elle que l’eau est potable ?
Sa présence renseigne sur certains aspects de la qualité du milieu, notamment l’oxygénation et la disponibilité des abris. Elle ne garantit jamais que l’eau soit potable. Des microbes ou des substances chimiques dangereux pour une personne peuvent être présents dans un ruisseau où vivent des écrevisses.
Que faire si l’on trouve plusieurs écrevisses mortes ?
Ne les transportez pas vers un autre cours d’eau et évitez de manipuler les cadavres. Notez le lieu, la date et le nombre approximatif, puis prévenez rapidement le service départemental de l’OFB. Des photographies prises sur place peuvent aider à enquêter sur une pollution ou une maladie.
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Autour de cet animal
Sources
- UICN, The IUCN Red List of Threatened Species : Austropotamobius pallipes iucnredlist.org
- UICN France, Liste rouge des crustacés d’eau douce de France métropolitaine uicn.fr
- MNHN, Inventaire national du patrimoine naturel : Austropotamobius pallipes, statuts et répartition inpn.mnhn.fr
Mis à jour le . Statut mondial selon la Liste rouge de l’UICN ; les statuts nationaux peuvent différer





