
Espadon chinois
Psephurus gladius
Aussi appelé Psephure de Chine, Pseudotrétie de Chine, Poisson-spatule chinois
L’espadon chinois était un grand poisson du Yangtsé, reconnaissable à son museau démesurément allongé. Apparenté aux esturgeons, il chassait surtout d’autres poissons et pouvait dépasser la taille d’un adulte humain. Observé vivant pour la dernière fois avec certitude en 2003, il a été classé éteint par l’UICN en 2022.
- Statut
- ÉteinteDernier individu vivant confirmé en 2003 ; disparition estimée entre 2005 et 2010 ; classement EX annoncé par l’UICN en 2022.
- Taille
- Généralement 2 à 3 mètres de longueur totale chez les grands adultes ; des tailles supérieures étaient rapportées, avec des preuves inégales.
- Poids
- De plusieurs dizaines à quelques centaines de kilogrammes selon la taille ; les valeurs extrêmes rapportées étaient insuffisamment documentées.
- Longévité
- Mal connue dans la nature ; aucune longévité de référence solidement établie en captivité.
- Régime
- Mangeur de poissonsIl capturait surtout des poissons, et consommait aussi des crustacés.
- Mode de vie
- Actif de jour comme de nuit, organisation sociale mal connue
- Famille
- Polyodontidés (Polyodontidae), ordre des Acipensériformes (Acipenseriformes)
Fiche vérifiée le · 5 min de lecture
Où vivait l’espadon chinois ?
Il fréquentait les grands cours d’eau du bassin du Yangtsé, notamment leurs chenaux principaux et leurs secteurs à courant.
Principales régions : Chine.
- Asie
Aucun individu vivant connu, espèce classée éteinte par l’UICN.
Sommaire11 parties
Comment reconnaissait-on l’espadon chinois ?
Son museau, appelé rostre, formait une longue pointe aplatie qui pouvait atteindre environ un tiers de la longueur totale. Le dos était grisâtre et le ventre plus clair. La bouche, large et extensible, lui permettait de saisir des proies. Sa queue asymétrique rappelait celle de ses cousins, les esturgeons.
Les grands individus mesuraient généralement plusieurs mètres. Certaines publications anciennes rapportaient des longueurs atteignant 7 mètres, mais ces records étaient moins solidement documentés que les spécimens étudiés. Malgré son nom français, il n’appartenait pas à la famille de l’espadon marin : il faisait partie des Polyodontidés, la famille des poissons-spatules.
Où vivait l’espadon chinois ?
Son aire historique se trouvait dans le bassin du Yangtsé, le grand fleuve qui traversait la Chine d’ouest en est. Il fréquentait principalement les grands chenaux, où il disposait d’espace pour se déplacer et chasser. Les observations provenaient de plusieurs portions du fleuve, notamment dans son cours supérieur et moyen.
Ses déplacements reliaient des secteurs d’alimentation et des zones de reproduction situées en amont. Cette continuité du fleuve comptait beaucoup pour son cycle de vie. Le barrage de Gezhouba, devenu une barrière au début des années 1980, avait séparé des habitats autrefois accessibles. L’espèce n’avait aucune population naturelle en France.
Que mangeait-il ?
L’espadon chinois se nourrissait surtout de poissons. Les contenus stomacaux étudiés montraient aussi la consommation de crustacés. Sa grande bouche pouvait s’ouvrir pour capturer une proie. Ce régime le distinguait du poisson-spatule américain, son cousin encore vivant, qui filtrait principalement de petits organismes présents dans l’eau.
Son rostre portait des organes sensoriels capables de détecter de faibles signaux électriques, notamment ceux produits par d’autres animaux. Ces informations pouvaient l’aider à repérer ses proies dans une eau trouble. La manière précise dont il combinait ces signaux avec ses autres sens restait toutefois moins étudiée que chez son cousin américain.
Comment se déplaçait-il dans le fleuve ?
Ce grand poisson effectuait des déplacements dans le réseau fluvial, notamment en relation avec la reproduction. Sa silhouette allongée et sa queue lui permettaient de nager dans les eaux courantes. Les scientifiques disposaient cependant de peu de suivis individuels, car l’espèce était déjà très rare lorsque les techniques modernes de télémétrie étaient devenues disponibles.
En 2003, un individu capturé accidentellement avait été relâché avec un dispositif de suivi. Le contact avait ensuite été perdu : cette opération n’avait donc pas permis de connaître son devenir. Ses relations sociales et son rythme quotidien d’activité restaient mal documentés ; aucune préférence nette pour le jour ou la nuit n’était établie.
Comment se reproduisait-il ?
La reproduction avait lieu au printemps, dans des secteurs du cours supérieur du Yangtsé où le courant circulait sur un fond de graviers ou de pierres. La femelle libérait ses œufs dans l’eau, et le mâle les fécondait extérieurement. Les adultes devaient pouvoir rejoindre ces secteurs pour accomplir leur cycle reproducteur.
La maturité sexuelle était généralement située vers 7 à 8 ans dans les descriptions disponibles, avec des incertitudes liées au faible nombre d’animaux étudiés. Une étude publiée en 2020 estimait que l’espèce avait probablement cessé de se reproduire suffisamment dès 1993. Quelques survivants avaient ensuite persisté, sans renouvellement permettant de maintenir une population.
Le saviez-vous ?
- 1.Son nom scientifique associait Psephurus à gladius, un mot latin signifiant « glaive », en référence à la forme de son long museau.
- 2.Il appartenait à une famille qui ne comptait que deux espèces vivantes à l’époque récente ; seul le poisson-spatule américain subsiste aujourd’hui.
- 3.Le dernier individu confirmé avait été remis à l’eau en 2003. Cette date ne correspondait donc pas à une mort observée.
- 4.Les recherches menées dans le bassin en 2017 et 2018 n’avaient retrouvé aucun espadon chinois, malgré une vaste campagne d’échantillonnage.
Pourquoi l’espadon chinois a disparu
Pêche excessive
Les captures destinées à la consommation avaient fortement réduit les effectifs. Lorsque l’espèce était devenue rare, les prises accidentelles dans les engins de pêche avaient continué à tuer des individus.
Fleuve coupé
Le barrage de Gezhouba avait interrompu l’accès à des zones de reproduction en amont. Cette fragmentation avait particulièrement pénalisé un poisson dont le cycle de vie dépendait de déplacements dans le fleuve.
Habitats dégradés
La pollution, les aménagements du fleuve et la transformation des milieux aquatiques avaient ajouté des pressions. La pêche et l’obstacle aux migrations restaient les principales causes mises en avant dans les études sur sa disparition.
Protection trop tardive
La raréfaction avait laissé trop peu de reproducteurs pour assurer le renouvellement de la population. Aucun élevage conservatoire durable n’avait été constitué avant la disparition des derniers individus.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
- Collections de WuhanDes spécimens avaient été conservés dans les collections de l’Institut d’hydrobiologie de l’Académie chinoise des sciences, à Wuhan, notamment au musée des sciences hydrobiologiques. Ces collections documentaient son anatomie et permettaient des comparaisons avec d’autres poissons.
- Enquête sur l’extinctionUne étude publiée en 2020 dans Science of the Total Environment avait croisé les observations historiques et les recherches de terrain pour situer l’extinction entre 2005 et 2010. L’UICN avait annoncé son classement comme espèce éteinte en 2022.
- Aucune population de secoursAucun individu ne subsistait en aquarium ou dans un élevage capable de sauver l’espèce. Il n’existait donc aucune population permettant une réintroduction.
Questions fréquentes
Est-il vraiment disparu, ou pourrait-il en rester quelques-uns ?
L’UICN le classe comme éteint, après l’examen des observations disponibles et des recherches dans son aire historique. Le dernier individu vivant confirmé date de 2003. Une étude a situé la disparition probable entre 2005 et 2010 ; il ne s’agit pas d’une date de décès directement observée.
Était-il le même animal que l’espadon vendu chez le poissonnier ?
L’espadon vendu couramment chez le poissonnier est Xiphias gladius, un poisson marin d’une autre famille. L’espadon chinois appartenait aux Polyodontidés et vivait dans le bassin du Yangtsé. Leurs noms évoquent tous deux un museau allongé, mais ils désignent deux espèces très différentes.
Mesurait-il vraiment 7 mètres ?
Cette longueur apparaît dans des récits et des publications anciennes, mais les preuves de ces records sont limitées. Les grands individus étudiés étaient généralement décrits autour de 2 à 3 mètres, parfois davantage. Pour une fiche scientifique, il faut distinguer les mesures documentées des tailles maximales simplement rapportées.
Pourquoi n’a-t-on pas pu le sauver dans un aquarium ?
Aucune population captive reproductrice n’avait été établie à temps. Maintenir un très grand poisson de fleuve, puis reproduire les conditions nécessaires à sa reproduction, demandait des installations et des connaissances spécifiques. Quand les derniers individus ont disparu, aucun groupe conservé ne permettait de relancer la population.
Peut-on encore voir cette espèce dans un musée ?
Des spécimens sont conservés dans des collections scientifiques, notamment à l’Institut d’hydrobiologie de l’Académie chinoise des sciences, à Wuhan. La présence dans une collection ne garantit pas une exposition permanente au public. Avant une visite, vérifiez auprès du musée des sciences hydrobiologiques quels spécimens sont accessibles.
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Sources
- UICN, Liste rouge mondiale : Psephurus gladius iucnredlist.org
- UICN, « Migratory monarch butterfly now Endangered, all surviving sturgeon species now threatened », annonce de juillet 2022 iucn.org
- Science of the Total Environment, Zhang et collaborateurs, « Extinction of one of the world’s largest freshwater fishes: Lessons for conserving the endangered Yangtze fauna » doi.org
Mis à jour le . Statut mondial selon la Liste rouge de l’UICN ; les statuts nationaux peuvent différer





